Invitation décentrée à l'agentivité non humaine
Et si l'humain assumait son agentivité post-mortem au sein du vivant, à quoi ressemblerait un geste architectural capable d'instituer ce seuil écologique ? L'essai s'ouvre sur un constat : nous ne sommes jamais seuls à habiter. Les territoires que nous parcourons sont partagés, traversés par une multitude d'altérités vivantes dont nous dépendons silencieusement. Les choses terrestres s'imposent comme actrices d'un monde en métamorphose et composent un univers où les trajectoires se croisent, se frottent, s'allient. Habiter revient à s'inscrire dans ce tissu fragile et mouvant, à accueillir l'imprévu et l'abondance d'une composition partagée du vivant.
L'essai examine la manière dont l'architecture peut s'articuler au décentrement de l'humain proposé par les théories post-humaines. Il met en évidence la tension entre la nature fondamentalement humaine du geste architectural et la nécessité d'accueillir l'agentivité non humaine sans l'instrumentaliser. C'est peut-être au-delà de cette tension, par-delà le cycle de vie même, qu'il faut se projeter.
Le projet propose ainsi une infrastructure rendant viable ce retour : le compostage du corps comme alternative nouvelle et soutenable pour en disposer, dans une démarche réelle de cohabitation interspèces. La réhabilitation de la conserverie de Namu, fabrique abandonnée sur la côte ouest-canadienne et vestige d'un modèle extractiviste occidental laissé vacant après le déclin de l'industrie locale de la pêche, accueille une reconfiguration contemporaine et un renversement des rapports au corps et au vivant. Une invitation décentrée à réintégrer l'écosystème dans un acte ultime d'agentivité et de réciprocité que toute existence terrestre présuppose.